Les musiciens arrivent sur scène comme s’ils poursuivaient une discussion ininterrompue … La soirée débute par une longue introduction au clavier, rejoint par la clarinette basse, les musiciens sont en place. Commence alors un partage musical qui va se poursuivre pendant deux heures.
Deux musiciens mais une palette de sons importante. Au piano, Bojan Z n’hésite pas à frapper les cordes à main nue ou encore à taper du poing sur le couvercle pour inviter la grosse caisse, à mélanger piano et clavier électrique ; à la clarinette, Michel Portal fait de même, du souffle seul dans l’instrument à un son très pur. Des musiciens au sommet de leur art qui partagent un langage commun.
Les inspirations sont multiples et variées, de la mélodie écrite pour le film de Mishima, Hiroshima mon amour, à Jean-Pierre, pensée pour Miles Davis qui aimait les mélodies enfantines, ici enrichies de la blue note, d’une mélodie inspirée par une visite de Soweto, vivante, fourmillante, sombre (où Michel Portal crée des sons sans l’embouchure de sa clarinette et encore fait ressortir le bruit des clés) à l’étonnant Los Feliz, musique du film La Fiesta, qui débute sur un phénomène sonore extraordinaire : jouer du saxophone soprano dans le piano pour faire résonner les harmoniques aiguës, une évocation de Judy Garland ou encore une rencontre avec Prince à Minneapolis …
Là où nous voyons une image, ces musiciens la transcrivent en sons, en mélodie, en richesse intérieure qu’ils nous invitent à partager.
Note perso : je garde un souvenir ébloui et ému de cette soirée. Alors que j’étais surprise des bruits de la clarinette, j’ai petit à petit réalisé qu’ils faisaient partie de la musique et enrichissaient un discours musical extraordinaire entre deux musiciens , évoquant des émotions, des rencontres par la magie des sons.
Michel Portal et Bojan Z, Château de Mimet, 1er août 2018