C’est le titre du concert donné par Jordi Savall à la tête du Concert des Nations mardi soir à Luxembourg.

Avec trois œuvres de la première moitié du XVIIIième siècle, les musiciens nous ont fait voyager dans divers pays avec la force, l’identité de la nature comme fil conducteur.

Le compositeur français Jean-Féry Rebel doit sa gloire posthume à une suite de danses titrée « Les Elémens » et surtout à l’ouverture, intitulée « Le Chaos », chef d’œuvre de la musique figurative. Commencer un concert par un accord dissonant est une bonne façon de réveiller l’oreille des spectateurs ! Et la suite du mouvement voit s’affronter les quatre éléments, chacun caractérisé par une figure musicale. Mardi soir, les flûtes traversières étaient placées dans le tutti d’orchestre et quasiment inaudibles, ce qui enlève une partie de l’effet recherché.

Toujours l’imitation de la nature

Nous avons ensuite fait un saut en Allemagne avec la « Wassermusik » de Telemann, inspirée par les mouvements de l’eau dans la port de Hambourg, d’ailleurs sous-titrée « Hamburger Ebbe und Fluth ». Là encore, le thème est exposé dans l’ouverture, entre mouvements graves et mouvements plus aériens, plus enlevés, figurant tout à fait le flux et le reflux. La suite de danses française qui suit est là pour alterner différents caractères, illustrant ce mouvement perpétuel de l’eau ainsi que son caractère changeant. Ce sont les vents, les flûtes à bec et le basson, qui font vivre cette musique avec talent.

Un ballet pantomime

C’est avec le « Don Juan, ou le Festin de Pierre » de Gluck que la soirée se termine. Ce ballet, créé pour un théâtre de Vienne, est construit comme une véritable histoire, inspirée de la pièce de Molière, et non plus comme une suite de tableaux et de danses. L’orchestration est riche et colorée, utilisant tous les timbres possibles. L’Espagne, pays du drame, est évoquée par la guitare et les castagnettes. Les numéros qui s’enchainent sont courts et marquants. Mais c’est le finale, la danse des spectres et des furies, marquée par une forte agitation de l’orchestre, les emportements des cordes, les sonorités des vents, qui est le mieux rendu, Don Juan sombrant dans les abîmes.

L’interprétation de ces pièces était belle à défaut d’être intéressante. Les instruments baroques manquent de relief pour nos oreilles habituées aux sons modernes et surtout, ils se sont perdus dans la grande salle de la Philharmonie.

 

Note perso : Le concert était beau mais lisse, parfaitement lisse. Les envolées des violons manquaient de puissance, j’ai eu l’impression de devoir tendre l’oreille pour saisir les nuances, les timbres, les articulations. Je crois que les instruments anciens ne se prêtent pas à une salle trop grande, j’ai cherché l’ampleur et le caractère.

 

 

« Les Eléments et les Furies »

Le Concert des Nations

Jordi Savall