L’affiche était tentante ! « L’Enlèvement au Sérail », œuvre légère et flamboyante de Mozart, sous la baguette de Fabio Biondi, en coproduction avec le Grand Théâtre de Genève, devait nous offrir une belle soirée, une évasion musicale parfaite pour un temps de rentrée.
Une fois de plus le Grand Théâtre de Luxembourg n’est pas clair dans ses présentations.
Nouveau livret
Nous avons assisté à une ré-interprétation de l’œuvre, gardant une bonne part de la musique et intégrant, pour les passages parlés, des textes extraits du « Mandarin merveilleux » d’Asli Erdogan, auteure turque en exil. De très beaux textes d’ailleurs.
Je vous fais grâce du propos de l’œuvre, incompréhensible si on n’a pas potassé le programme explicatif préalablement à la représentation, pour m’attarder sur l’interprétation musicale.
Une partition arrangée
Fabio Biondi a expliqué avoir mis en place une nouvelle disposition des instruments dans la fosse et c’est assez réussi. Les vents devant les cordes offrent une nouvelle palette sonore, plus douce, différente. Dès l’ouverture, on sent un manque d’allégresse, une lourdeur, peut-être due aux gesticulations de la foule sur un plateau qui tourne, tourne, à l’image de nos vies … la musique est belle mais non flamboyante, le propos indéniablement plus sombre qu’à l’origine.
Les voix sont agréables, justes. Olga Pudova, Konstanze, a la puissance, les nuances dans l’aigu, une palette de sentiments intéressante. Julien Behr, Belmonte, est sans faute, épris, tourmenté intérieurement, mais peine à venir jusqu’à nous. Tobias Kehrer, Osmin, est bien présent, belle basse, jeune, dynamique, expressive. Les rôles de Bonde et de Pedrillo, Amelia Scicolone et Raphael Wittmer, sont réduits à peu de choses.
Une soirée … étrange.
Note perso : comme vous l’avez senti, je n’étais pas contente de ma soirée. Transformer un moment plein de vie (oui, on est au XVIIIième siècle, c’est ainsi que l’on faisait passer les messages et ce n’est pas du politiquement correct d’aujourd’hui) en réflexion philosophique sur le désir de vie, d’amour, de mort n’a pas correspondu à mes attentes.
Je n’ai rien compris au nouveau propos et ce n’était pas un singspiel de Mozart … tout au plus une escroquerie intellectuelle.
Les textes d’Asli Erdogan sont beaux. Alors pourquoi ne pas demander à un compositeur, une jeune compositrice, contemporain, d’illustrer musicalement cette réflexion, en lien direct avec notre vie et nos préoccupations actuelles, plutôt que de dénaturer le propos et la musique de Mozart ?
Grand Théâtre de Luxembourg, en coproduction avec le Grand Théâtre de Genève
OPL, sous la direction de F. Biondi