Après une imposture intellectuelle autour de L’Enlèvement au sérail la saison dernière, Mozart a encore une fois été victime d’une utilisation frauduleuse, cette fois autour de La clémence de Titus, donnée dans une atmosphère bobo-moderno-trash décalée et inepte. Si Mozart semble gnangnan et dépassé à la nouvelle génération de metteurs en scène, qu’ils le laissent sombrer dans l’oubli et qu’ils prennent vraiment des risques et confient leur vison du monde à de jeunes compositeurs dont la musique pourra coller plus précisément à leurs envies de violence, de laideur et de non-sens.

Interprétation de l’Histoire

Tout a mal commencé avec une introduction projetée qui réécrit l’histoire (c’est vraiment une mise en scène d’aujourd’hui !). Mozart n’était certainement pas enchanté de mettre en musique une histoire d’empereur romain, bon et clément, dans une forme dépassée, l’opéra-séria, mais en 1791, il cherche par tous les moyens à gagner quelque argent. Il court après la vie, il court après les contrats pour faire vivre sa famille. A ce moment-là, son style, c’est plutôt La Flûte enchantée. L’une de ses œuvres est une musique pour vivre, l’autre est un cri du cœur de ses idées, de sa sensibilité musicale et les deux œuvres n’ont rien en commun.

Méconnaissance du genre musical

Après une réécriture de l’Histoire, la musique est aussi bouleversée. Le genre de l’opéra, de l’opera seria, est complètement ignoré puisque l’on insère des monologues parlés. Ou comment transformer une œuvre sérieuse en opéra-comique, ce qui, on en conviendra, colle bizarrement aux thèmes du livret ?

Ce qui se passe ensuite est un mystère puisque fermer les yeux a été le seul moyen pour profiter de la musique … Fabio Bondi ne semble pas être gêné par ces mises en place, en scène, en production décalées et il mène très joliment l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg. La plus belle voix du plateau est incontestablement celle d’Anna Goryachova dans le rôle de Sesto, mezzo-soprano à la voix chaude, puissante et révoltée.

Difficile d’en dire plus car nous sommes partis à l’entracte …repoussés par la laideur et la peur de ne pas pouvoir réfréner l’envie de siffler.

 

Comment a-t-on pu passer, en quelques jours, d’un empereur romain en smoking et chaussettes rouges, Giulio Cesare à la Philharmonie, à un empereur romain, en pagne polynésien, tee-shirt informe et slip kangourou, Titus au Grand Théâtre ? Quelle image montrons-nous de la culture alors qu’il y avait un certain nombre de jeunes (moins de trente-cinq ans) au théâtre ?

 

Note perso : quel dommage, quel gâchis, je ne trouve pas les mots, alors qu’il y avait des jeunes dans la salle. Quelle image montrons-nous de cette musique savante ? Où sont le rêve, la beauté, l’imagination, la fantaisie ? C’est juste ce que je viens chercher au spectacle, pour m’évader de la violence de notre monde…

Je me range derrière le chef d’orchestre Phillip Jordan qui quitte l’opéra pour ne plus avoir à cautionner de tels spectacles … Je vais bientôt cesser de prendre un abonnement au Grand Théâtre.

 

 

La Clemenza di Tito – Mozart

metteur en scène Milo Rau, scénographie Anton Lukas …

direction musicale Fabio Biondi, OPL

Jeremy Ovenden, Anna Malesza-Kutny, Anna Goryachova, Maria Warenberg, Sarah Young, Rueben Mbonambi