Au matin suivant, l’émotion est toujours là, ressentie, vivante, et une part de spiritualité reste accrochée à nous …

La petite salle de la Philharmonie accueillait hier Thomas Dunford et son Ensemble Jupiter, pour entourer les voix célestes de Lea Desandre et Iestyn Davies.

Pendant le confinement, le luthiste et la cantatrice ont passé en revue toute l’œuvre en anglais de Häendel. Ils ont constitué une sélection d’airs, tirés principalement des oratorios, qui permettait de raconter une histoire d’amour, de la joie des débuts aux épreuves, avant la réunion dans l’au-delà. Une grande spiritualité se retrouve dans chacun des morceaux, nous rappelant que ces oratorios sont, avant tout, des œuvres religieuses. Tout, dans ce moment musical, était aérien, divin, dramatique, émouvant, grave.

Thomas Dunford dit avoir été saisi par l’union des voix de Lea Desandre et de Iestyn Davies et on le comprend. Du premier air, « Eternal source of light divine » tiré de l’« Ode pour l’anniversaire de la reine Anne », jusqu’au dernier, la mort de Theodora, « To thee whose virtues suit thy birth », les voix se mélangent, se répondent, s’unissent, formant une seule ligne musicale, troublante dans sa symbiose, puissante dans son expressivité.

La voix de Lea Desandre peut avoir des graves râleurs et des aigus souverains mais elle sait aussi se fondre dans l’orchestre, une voix dans l’ensemble, capable d’apporter un morceau de ciel. Iestyn Davies n’est pas en reste, montrant autant de douceur que de caractère, de sentiment que de virtuosité. Mais c’est dans la piété, l’intériorité que cette musique était la plus saisissante.

Le petit groupe de musiciens créait un cocon d’une grande homogénéité autour de ces voix. Le continuo, formé d’une contrebasse, d’un violoncelle et d’un clavecin, tenait le rythme, la pulsation interne, allant de la danse et de la joie au recueillement. Le dessus, violons et alto, était moins inspiré. Enfin, le luth de Thomas Dunford liait tous les musiciens, tant dans la présence que dans les nuances.

 

Note perso : un moment indescriptible par sa spiritualité …

A plusieurs reprises, dans sa présentation, T. Dunford a montré les cieux avec son index pour nous montrer où Häendel voulait nous emmener. Il a aussi félicité la salle pour sa qualité d’écoute. Mais c’est tout simplement que la musique et ses interprètes nous ont fait toucher du doigt le céleste, le divin, non dans son extraordinaireté mais plutôt dans son mystère.

Une très belle soirée !

 

Häendel – Eternal Heaven

Ensemble Jupiter

Thomas Dunford, luth, direction artistique

Lea Desandre, mezzo-soprano, et Iestyn Davies, contreténor