Jeudi soir, la Philharmonie de Luxembourg nous a offert une soirée d’exception avec Giulio Cesare de Haendel, en version concert.

L’œuvre, créée en 1724 au King’s Theatre, est un opéra parfaitement adapté au goût du public anglais, composé pour les grands chanteurs de l’époque, le castrat Senesino et la cantatrice Francesca Cuzzoni. Le livret, signé Francesco Haym, est un texte bien construit qui met en scène des péripéties amoureuses, des élans guerriers, de la violence, un deus ex machina et une fin heureuse. La musique est cohérente avec toutes ces atmosphères, l’usage des différents timbres est plein de finesse et les airs sont magnifiques. Aujourd’hui, les représentations de cette œuvre respectent la partition originale, la richesse de l’orchestration et les tessitures des chanteurs. Mais cela n’a pas toujours été le cas !

 

Cecilia Bartoli et son ensemble, les Musiciens du Prince – Monaco, nous ont présenté l’œuvre avec une superbe distribution qui rassemblait trois des contreténors les plus en vue actuellement.

Carlo Vistoli, Giulio Cesare, smoking noir et chaussettes rouges, incarne l’empereur, sa prestance mais aussi le trouble de ses élans amoureux. L’aria « Se in fiorito ameno prato » de l’acte II, où la voix et le violon se répondent, est un moment suspendu, magnifique.

Face à lui Cléopâtre, Cecilia Bartoli, nous fait entendre sa voix chaude, ronde, avec quelques minauderies, certes, mais des vocalises enlevées, une présence et une interprétation ‘sur mesure’.

Max Emmanuel Cencic, en Ptolémée, est la plus belle voix de la soirée. Tout est juste dans sa roublardise et son cynisme. L’air de l’acte III, « Domero la tua fierezzai » est saisissant, puissant et incarné.

La basse bolivienne, Jose Coca Loza est peut-être le chanteur le moins inspiré. Achille est un guerrier et on ne l’a pas tout à fait ressenti.

Il reste un duo de deuxième plan mais très important, Sextus et sa mère. C’est le contreténor d’origine coréenne Kangmin Justin Kim qui incarne la jeunesse androgyne de Sextus, sa spontanéité et ses interrogations. Quel sopraniste dans l’aria « Scorta siate » qui clôt l’acte II ! Kristina Hammarström, mezzo-soprano, est une Cornélia accablée par le deuil, puissante dans sa tristesse.

 

La musique est merveilleuse parce qu’elle accompagne les tourments de ces personnages ; elle les soutient, les met en valeur, les fait ressentir. Sous la direction de Gianluca Capuano, les musiciens ont été tendres, sentimentaux, accablés ou encore guerriers. Ils ont insufflé la vérité des caractères, soutenu et dialogué avec les chanteurs, le tout avec beaucoup de réalisme et de justesse.

Pour finir, la version concert sied admirablement à un opera seria. Le mouvement des chanteurs (entrée et sortie de scène) est adapté à la conception d’une telle œuvre et la simplicité de leur interprétation alimente la compréhension sans distraire le spectateur.

 

Note perso : Une très belle soirée ! Un beau moment de musique avec des musiciens et des chanteurs superbes, aucune longueur et aucun ennui … ce qui n’est pas toujours le cas avec un véritable opera seria !

 

 

Guilio Cesare – Haendel

Les Musiciens du Prince – Monaco, direction G. Capuano

C. Bartoli, C. Vistoli, M.E. Cencic, K. Hammarström, K.J.Kim, J.C. Loza

19 octobre 2023, Philharmonie de Luxembourg