Cette œuvre est peut-être « la plus grande œuvre d’art musical de tous les temps et tous les peuples », selon H. Nägeli ; elle est en tout cas singulière et John Eliot Gardiner, ainsi que le Monteverdi Choir et les English Baroque Soloists, nous en ont livré une très belle version à la Philharmonie de Luxembourg.

La première impression qui vient à l’esprit est que la foi est fondamentale, constitutive chez J.S. Bach, qu’elle inspire la musique des offices protestants ou d’une messe catholique. Synthèse d’une vie, cette messe est une œuvre très cohérente, très sobre, que le compositeur a conçu comme un hommage à sa musique.

Pour incarner cette unité, J.E.Gardiner mélange les choristes, met en avant des solistes issus du chœur et s’appuie sur des instrumentistes maitrisant la subtilité et la construction du langage baroque.

C’est un jeune homme de quatre-vingts ans qui entre en scène, d’un pas alerte et tout entier tourné vers l’œuvre. Tout commence par un Kyrie puissant, sorte de portail vers l’ordinaire de la messe.

Le « Christe Elison » nous fait entendre la soprano, voix souple et naturelle, et une mezzo, un peu en retrait mais se mariant harmonieusement avec la voix supérieure. S’ensuit un ténor très en harmonie avec un solo de flûte dans le « Dominus Deus ».

Tous les instruments sont utilisés pour mettre en valeur et dialoguer avec les voix : le hautbois d’amour se marie de façon émouvante avec l’alto, le baryton-basse avec le cor ; sans oublier le merveilleux continuo tenu par le violoncelle. Les gestes de J.E. Gardiner sont amples et précis, ils mènent le chœur jusqu’à des fins de phrase dans des pianissimi parfaits jusqu’aux dernières consonnes ou bien dans des contrastes saisissants, tel celui entre le recueillement du « Sepultus est » et la jubilation du « Et Resurrexit ».

Le « Sanctus » est peut-être moins expressif, le discours musical moins puissant. L’« Agnus Dei », chanté en sons filés par l’alto est d’une simplicité et d’une beauté touchantes. L’unité et la finesse du chœur sont toujours là mais le « Dona nobis pacem » n’offre pas un grand élan. La messe se termine dans la paix et la ferveur, soutenues par les trompettes et les timbales.

Cette œuvre, composée à la fin de la vie de Bach, est la « synthèse des différentes périodes de sa vie, une messe catholique composée par un protestant, il y a du drame, une incroyable vitalité, de la tristesse, de l’euphorie … » selon J.E. Gardiner ; c’est tout cela qu’il partage avec nous, dans une offrande musicale généreuse et inspirée.

 

Note perso : J’ai été éblouie par le chœur, le Monteverdi Choir fondé par Gardiner dans les années 60. Mélanger les voix dans l’espace offre une richesse singulière. La puissance mais aussi la délicatesse dans les ppp, les consonnes de fin de phrase qui sonnent ‘d’une seule voix’, la variété des timbres forment un ensemble choral d’un niveau extraordinaire.

Par contre, la grande salle de la Philharmonie de Luxembourg n’est pas adaptée aux instruments baroques. Quand on est au fond de la salle, le timbre des instruments se perd, devient sourd et peine à « passer la rampe », c’est vraiment dommage.

 

English Baroque Soloists

Monteverdi Choir

Sir John Eliot Gardiner, direction

17 avril 2023, Philharmonie de Luxembourg